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21.11.2018


Si Alan séduit par sa fraîcheur et son bonheur d’être en mer particulièrement communicatif, le jeune aventurier révélé lors du Vendée Globe 2016 laisse peu à peu place à un régatier en devenir. Ainsi, le skipper de La Fabrique se prend également au jeu des intox et cachoteries, instaurées dans le milieu par les plus grands cadors de la course au large. Révélations des incidents rencontrés, que le jeune Suisse n’a pas souhaité dévoiler pendant sa course.

Lundi 5 novembre : Jour 1, virus à bord

Alan est malade dès les premières 24 heures de course. Rarement sujet au mal de mer, le skipper Suisse soupçonne plutôt un virus attrapé dans les derniers jours à Saint-Malo. Il se plaint en effet de fièvre et de vomissements, incapable de boire ou manger quoique ce soit. Sur les conseils de son médecin, il prend les médicaments adéquats tout en s’hydratant et s’alimentant avec parcimonie. Le lendemain, tout va mieux, hormis un début de rhume.

Mardi 6 novembre : Jour 2, début de tempête 

En tête du groupe d’IMOCA ayant décidé d’affronter la dépression qui sévit dans le golfe de Gascogne, Alan s’en sort relativement indemne. À déplorer : quelques éléments du cockpit arrachés et deux déchirures dans sa grand-voile en raison des lourdes poches d’eau qui se sont formées dans les ris descendus sur la bôme. Et ce, malgré un sanglage rigoureux. La Fabrique perd également son aérien principal, arraché de la tête de mât, et rencontre des problèmes avec sa girouette de secours, sans en déterminer encore la cause. Il traverse donc la tempête avec un pilote en mode compas, qui ne prend pas en compte les variations du vent et file tout droit. Dans ces conditions, impossible de dormir. 

Mercredi 7 novembre : Jour 3, fin de tempête

Alan profite d’une accalmie pour réparer les accrocs dans sa GV ainsi que de nouvelles déchirures découvertes dans son J3 (plus petite voile d’avant). Le skipper de La Fabrique parvient également à identifier l’origine de ses problèmes d’aérien : son capteur d’angle de mât s’est arraché et ne communique donc plus aucune indication de vent. Compliqué pour un voilier ! Problème résolu au large de Madère, dans la molle, avec la connexion et soudure d’un nouveau câble en pied de mât.

Mercredi 14 novembre : Jour 10, dans les grains

Les alizés ne tiennent décidément pas leurs promesses de route directe vers les Antilles. Mal établis, ils laissent régulièrement place à de violents grains. Cette nuit là, La Fabrique part au tas et se couche violemment par quatre fois. 

Vendredi 16 novembre : Jour 12, à l’attaque !

À la lutte avec Damien Seguin et talonné par Stéphane Le Diraison, Alan entre en mode « attaque ». Sous spi malgré le vent qui monte, La Fabrique gagne en vitesse, jusqu’à ce que sa voile s’enroule sur elle-même et autour du J2 (voile médium d’avant) - ce qu’on appelle faire un « cocotier » - et tombe à l’eau. Au terme d’une intense bataille, Alan parvient à remonter les 400m2 de toile à la main et miracle, la voile est intacte !

Samedi 17 novembre : Jour 13, plus de voile de portant

Quelques heures seulement après avoir récupéré son spi, un nouvel incident le prive complètement de voile de portant : « Il y a cette vague, à la fin d’un surf. On la sent, on sait qu'il faut sortir pour aller choquer le spi, sinon c'est le départ au tas qu nous guette. Je commence à choquer et là, une rafale plus forte que les autres prend La Fabrique et la couche sur l'eau. J’arrive à stabiliser l'histoire, je reprends mon spi et là, très bizarrement, je vois un bout de tissu bleu passer dans la poulie au coin du tableau arrière. Je regarde sous la bôme : il ne restait plus que 30m2 sur les 400m2 de la voile… Tout s’était arraché, explosé. »

Dimanche 18 novembre : Jour 14, derniers efforts

C’est bientôt la fin de cette Route du Rhum, mais pas des ennuis à bord de La Fabrique. Dans les derniers milles en approche de la Guadeloupe, Alan entend ses chariots de grand-voile tomber d’un coup. Le lashing, en tête de mât, vient de lâcher. Voilà donc le jeune Suisse forcé de monter au mât afin de fixer un nouveau lashing puis de hisser entièrement sa voile. Le tout, dans du vent fort et une mer très formée. 

Après avoir repris sa route, nouveau « stop » pour La Fabrique qui vient de percuter un OFNI (Objet Flottant Non Identifié). Ne constatant pas de dégât apparent sur le moment, Alan continue de progresser vers la Tête à l’Anglais, rattrapé par Stéphane Le Diraison. Au lendemain de son arrivée, l’équipe de La Fabrique déplore finalement une large brèche dans la coque, juste en avant du foil tribord. 


Réparation en cours sur La Fabrique


Foto © Christophe Breschi / La Fabrique Sailing Team